Alexandre MALAREWICZ, Digiformag https://www.digiformag.com/profil/alexandre-m/ Le magazine de la formation professionnelle Thu, 10 Apr 2025 10:13:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 Les 3 erreurs les plus courantes sur l’entreprise apprenante https://www.digiformag.com/les-3-erreurs-les-plus-courantes-sur-lentreprise-apprenante/ Tue, 17 Nov 2020 06:30:18 +0000 https://www.digiformag.com/?p=7560 Depuis quelques années, l’expression « entreprise apprenante » est sur toutes les langues. Cette tendance est d’ailleurs renforcée par la crise sanitaire que nous traversons et l’on ne compte plus les DRH, dirigeants et formateurs qui agitent cette notion vague à toute les sauces : « la relance s’appuiera sur des systèmes apprenants » « […]

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Depuis quelques années, l’expression « entreprise apprenante » est sur toutes les langues. Cette tendance est d’ailleurs renforcée par la crise sanitaire que nous traversons et l’on ne compte plus les DRH, dirigeants et formateurs qui agitent cette notion vague à toute les sauces : « la relance s’appuiera sur des systèmes apprenants » « les entreprises apprenantes résisteront le mieux à la crise », « le 21ème siècle sera le siècle de l’apprenance », etc.

Pourtant, il y a quelques jours encore, un directeur de l’innovation me faisait l’aveu suivant « moi l’entreprise apprenante j’ai toujours pas vraiment compris ce que ça voulait dire… ». Et son cas est loin d’être isolé ! Le concept d’entreprise apprenante, théorisé en 1992 par Peter Senge, a force d’être simplifié et utilisé à tort et à travers a été vidé de son sens. Cette courte chronique propose de rappeler les fondamentaux d’un modèle vertueux mais complexe et exigeant, à travers l’analyse des 3 erreurs les plus classiques que l’on rencontre sur le sujet.

 Une entreprise apprenante, c’est une entreprise qui forme ses salariés

Cette première affirmation semble évidente, elle est pourtant incorrecte et à l’origine de la majorité des incompréhensions autour du concept. En effet, une entreprise n’est pas apprenante parce que ses membres apprennent, mais parce qu’elle apprend elle-même en tant qu’organisation, c’est-à-dire qu’elle évolue et innove, comme un organisme vivant qui s’adapterait pour survivre dans son milieu.

L’idée centrale est la suivante : pour qu’une entreprise puisse rester performante, faire face à la concurrence du marché, anticiper les évolutions technologiques ou encore attirer les meilleurs talents, elle doit en permanence s’adapter. Or pour innover de la meilleure manière, il est nécessaire d’étudier son environnement, le comprendre et agir en fonction. Ce passage à l’action n’est possible que si l’organisation tout entière est engagée dans une démarche de transformation. Il ne s’agit pas tant de former des salariés, que de permettre aux salariés de faire évoluer l’organisation dans laquelle ils évoluent.

C’est pourquoi le fait que les salariés d’une entreprise apprenante se forment n’est pas un objectif en soi, mais une conséquence nécessaire du fonctionnement d’une organisation qui place la collaboration, le partage, la remise en question, la flexibilité et l’autonomie au cœur de sa culture d’entreprise.

 Construire une entreprise apprenante c’est une affaire d’outils et de processus

C’est le deuxième écueil le plus fréquent que l’on rencontre sur ce sujet. Il est séduisant d’espérer qu’un nouveau LMS flambant neuf puisse transformer une organisation en entreprise apprenante, c’est malheureusement illusoire. Comme vous commencez à le comprendre, l’enjeu n’est pas de s’outiller mais de développer une culture de l’apprentissage. Il s’agit donc d’accompagner chaque individu qui compose l’entreprise pour qu’il réussisse à trouver une place d’où il pourra contribuer activement à la réussite collective de l’organisation.

Toute la subtilité de l’entreprise apprenante réside dans cette notion d’action. Il ne suffit pas que chaque membre de l’organisation agisse comme on lui dit de faire, mais au contraire, qu’il développe son esprit critique, sa créativité et sa capacité à prendre du recul pour agir en autonomie. L’enjeu est alors double : l’individu doit s’autoriser à adopter cette posture et l’organisation doit autoriser ses membres à agir de cette manière, et donc menacer en permanence l’équilibre de l’organisation.

Concrètement, cela passe par exemple par la valorisation de la prise d’initiative et un travail de sensibilisation au droit à l’erreur. Au sein d’une entreprise apprenante, le rôle du manager n’est pas d’éviter à ses équipes de faire des erreurs, mais au contraire de leur apprendre à se tromper et à cultiver l’erreur constructive, celle qui est source d’innovation et de créativité. On voit bien ici comment l’enjeu est émotionnel plutôt qu’organisationnel, c’est ce qui fait la complexité inhérente au sujet.

 

Mieux comprendre l'entreprise apprenante

Il est facile et rapide de développer une culture de l’apprentissage

La contradiction de cette dernière phrase est évidente : dès qu’il s’agit de développer une culture de l’apprentissage, et donc de venir bousculer les habitudes d’individus installés au sein d’un système souvent averse au changement, la solution ne peut pas être facile et rapide. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on parle d’apprendre, et donc de remettre en question des représentations et certitudes souvent ancrées depuis longtemps.

C’est pourquoi l’une des étapes les plus importantes lorsqu’on cherche à développer une culture de l’apprentissage est la communication et la sensibilisation. Il est notamment nécessaire de partager et d’expliquer la vision long terme que l’on souhaite déployer. En effet, l’apprentissage est rarement une fin en soi, et chaque membre d’une entreprise apprenante doit pouvoir sentir que son action s’intègre dans un tout plus grand qu’il comprend et auquel il adhère. C’est d’ailleurs ce sentiment d’adhésion, couplé à l’expérience de développement professionnel qui assurera un engagement fort des salariés et donc la construction d’une culture pérenne.

Crédit photos : Nikita Kachanovsky et Ian Schneider – Unsplash

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Ce que la formation doit apprendre du Jugaad pour se réinventer https://www.digiformag.com/ce-que-la-formation-doit-apprendre-du-jugaad-pour-se-reinventer/ Thu, 10 Sep 2020 06:30:26 +0000 https://www.digiformag.com/?p=7393 Alors que la situation sanitaire actuelle laisse de nombreux acteurs du monde de la formation dans l’incertitude ; et que ces mêmes acteurs sont pourtant appelés à réagir promptement pour s’adapter et digitaliser leur offre, les principes de l’innovation frugale nous apportent des conseils précieux. Repenser notre manière d’innover Le Jugaad, ou « Innovation frugale […]

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Alors que la situation sanitaire actuelle laisse de nombreux acteurs du monde de la formation dans l’incertitude ; et que ces mêmes acteurs sont pourtant appelés à réagir promptement pour s’adapter et digitaliser leur offre, les principes de l’innovation frugale nous apportent des conseils précieux.

Repenser notre manière d’innover

Le Jugaad, ou « Innovation frugale », est une démarche visant à répondre à un besoin de la manière la plus efficace possible à l’aide de solutions simples en utilisant un minimum de moyens. Popularisée depuis une dizaine d’année, elle est inspirée de la démarche menée par de nombreux entrepreneurs et entreprises de pays en voie de développement (notamment en Inde d’où vient le terme Jugaad) ayant à construire des solutions efficaces avec peu de ressources.

L’innovation frugale est souvent couplée à une réflexion sur l’agilité des organisations. En effet, ces deux démarches s’opposent à notre vision traditionnelle de l’innovation qui tend à investir des quantités importantes de temps et d’argent avant d’aboutir à la création de nouvelles solutions. À l’inverse, ici il s’agit de « faire plus avec moins c’est-à-dire à la fois plus de valeurs commerciale et sociale tout en économisant des ressources précieuses telles que l’énergie, le capital ou le temps »[1]. On pourrait également parler de débrouillardise ou “système D”. Voyons comment ce concept de Jugaad peut s’appliquer au monde de la formation.

Les 6 principes de l’innovation frugale appliqués au monde de la formation

Comment transposer ces principes au monde de la formation ? Comment tirer profit de cette démarche d’innovation dans la crise que nous traversons aujourd’hui ? L’innovation frugale peut-elle même s’appliquer au monde de la formation ? Dans l’ouvrage intitulé L’Innovation Jugaad : redevenons ingénieux !, les auteurs décrivent 6 principes orientant la démarche Jugaad. Voyons comment les appliquer à la pédagogie.

1)    Se concentrer sur l’essentiel, faire plus avec moins

Une bonne formation n’est pas exhaustive, elle est pertinente. Cette règle est d’autant plus vraie lorsqu’il s’agit de digital learning où l’attention de l’apprenant est difficile à maintenir. Ce premier principe nous incite à nous concentrer sur le besoin précis, l’objectif pédagogique de la formation. Trop d’organismes de formation cherchent à proposer des offres exhaustives couvrant l’ensemble des problématiques possibles alors qu’il est plus pertinent de prendre le temps de cadrer les besoins pour s’assurer d’être efficace et ne pas gaspiller le temps et l’énergie des formateurs et apprenants.

Cette réflexion est également vraie au niveau des catalogues de formation. Trop d’organismes et de responsables formation s’attachent encore à travailler avec des catalogues exhaustifs. Cette exhaustivité fait souvent peur (à peine 3% des français ayant consulté l’application CPF recensant une centaine de milliers de formations qui ont effectivement lancé des démarches) et la peur d’avoir fait un mauvais choix mine les taux de complétion (qui par exemple ne dépassent plus les 5% pour les MOOCS).

Alors que l’actualité n’est pas à la croissance et à la profusion de ressources, il est intéressant de considérer des stratégies d’innovation qui s’appuient sur des pratiques collaboratives (co-développement ou encore serious games), une circularité des échanges (classe inversée notamment), et le numérique (coaching à distance, SPOC, etc.).

2) Se repositionner face à l’adversité et s’adapter aux circonstances

L’adversité et les circonstances imprévues, les organismes de formation les ont rencontrées de plein fouet depuis le mois de mars. Le Jugaad met l’adaptation et l’agilité au cœur de la démarche d’innovation.

Il s’agit également de changer son état d’esprit face à l’adversité : la contrainte doit être perçue comme une opportunité. C’est le cas par exemple de l’évolution de la crise sanitaire actuelle. L’obligation du port du masque va probablement favoriser la généralisation du télétravail à long terme et donc de nouvelles pratiques managériales. Or de nombreux managers ne sont pas préparés à ces évolutions, autant d’opportunités pour les organismes de formation.

3) Penser et agir de manière flexible

La généralisation du digital learning nous oblige à faire preuve de flexibilité et à réinventer le cadre de travail du formateur. Il faut aujourd’hui s’affranchir du concept de salle de classe et de la traditionnelle relation « maître-élève » pour inventer de nouvelles pédagogies en lien avec les moyens dont disposent les formateurs. Par exemple, la classe inversée où se créent des réseaux d’échanges de savoirs ou encore le coaching collectif à distance qui bouscule les codes habituels.

Cette réflexion invite à se recentrer sur les lois de l’apprentissage et les critères qui garantissent la réussite d’une formation : formulation d’un objectif, expérimentation et communication entre les apprenants, suivi à long terme, …

Pour aller plus loin sur ce sujet : les 7 critères de réussite d’une formation

4) Viser la simplicité, le plus n’est pas le mieux

Le Jugaad tend, à concevoir des produits plus simples et plus facilement réparables. Il ne s’agit pas de faire du low-cost bas de gamme mais de favoriser l’accessibilité sans dégrader ni la durabilité ni la qualité. Dit autrement, il s’agit d’éliminer la complexité superflue.

Si l’on transpose l’innovation frugale au monde de la formation, il s’agit par exemple de repenser l’organisation de ses modules de formation, pour ne plus les penser comme des blocs figés mais comme un assemblage de briques. Ainsi, plutôt que de proposer une formation au management de 3 jours, mieux vaut proposer 9 modules de 2 heures et construire un programme sur mesure.

5) Intégrer les exclus et les publics à la marge

C’est l’un des éléments les plus emblématique de la démarche Jugaad : si l’innovation est frugale elle devient accessible (ce qui s’oppose au paradigme très ancré en Occident que l’innovation est onéreuse vu qu’elle est le fruit d’importants investissements).

Le secteur de la formation doit s’inspirer de ce principe pour poursuivre sa digitalisation. En effet, si de nombreuses formations destinées aux managers et cadres sur des thématiques générales ont été transposées en ligne, le véritable enjeu (notamment dans le cadre de la reconversion des demandeurs d’emplois voire des salariés) sera la digitalisation de formations techniques. Il s’agira alors de développer des formations simples et accessibles pour des publics qui ne sont pas familiers du numérique.

6) Suivre son cœur

Ce dernier principe pourrait sembler ingénu ou utopique. Ne vous y trompez pas, il s’agit avant tout de pragmatisme. En effet, « les entrepreneurs jugaad utilisent l’intuition, l’empathie et la passion […], et procèdent aussi à une expérimentation rapide pour les valider[2] ». Le cœur de la philosophie Jugaad est d’apporter des solutions, c’est cette énergie qui doit porter la démarche d’innovation des organismes de formation. Apporter des solutions face à l’évolution du monde du travail, des pratiques managériales, la crise écologique ou encore les nouvelles attentes des salariés. Et sans angélisme, ces solutions devront être testées rapidement dans une démarche agile et collaborative.

Par ailleurs, ce dernier principe est en accord avec la philosophie de tout bon formateur : transmettre un savoir n’est pas seulement une discipline intellectuelle, c’est aussi et surtout un exercice pédagogique exigeant qui demande de l’intuition, de la finesse relationnelle et du dévouement. Un autre indice des liens intrinsèques entre innovation frugale et formation.

À lire également :

Comment ils ont continué à former pendant le confinement ? Des organismes de formation témoignent.

Adopter les nouvelles technologies pour devenir plus innovant

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[1] Radjour, Prabhu. L’Innovation Jugaad : redevenons ingénieux !

[2] Radjour, Prabhu. L’Innovation Jugaad : redevenons ingénieux !

Crédit photo : Adam Nieścioruk – Unsplash

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